Tout ce que vous n’avez pas vu dans This is America de Childish Gambino

Par Julie.D, le 15 Mai 2018, dans culture
Rejoins Foozine sur FB  

This is America, le clip de Childish Gambino, dresse un portrait bien sombre de l’Amérique d’aujourd’hui. Armes à feu, violences policières contre les minorités, racisme, et société de l’image et de l’éphémère, voici les dérives dénoncées par l’artiste, à mi-chemin entre lutte des races et lutte des classes.

Childish Gambino, ou Donald Glover de son vrai nom, nous livre ici un clip poignant sur une musique entrainante et une chorégraphie imaginée par Sherrie Silver. Quatre minutes d’images violentes qui se succèdent à un rythme effréné. Depuis sa mise en ligne le 5 mai dernier, la vidéo a rassemblé près de 75 millions de vues. Voici tous les messages cachés que vous n’avez probablement pas repérés.

This-Is-America-childish-gambino

L’actualité au cœur des images

Dès la première scène, Childish Gambino entre dans le vif du sujet en dénonçant la banalisation des armes des armes à feu. Alors le corps de l’homme qu’il vient d’abattre d’une balle dans la tête est trainé au sol, l’arme est quant à elle soigneusement déposée dans un tissu rouge. Une manière de montrer que les armes sont mieux traitées que les Hommes.

Quant à la scène de la fusillade d’un chœur d’église, elle fait bien évidemment référence à la tuerie raciste dans une église épiscopale de la communauté noire à Charleston en 2015.

S’il est difficile d’ignorer ces scènes qui se passent juste devant la caméra, les messages les plus forts sont dissimulés en arrière-plan. Il s’agit d’une dénonciation puissante des nouveaux codes de notre société, guidée par les réseaux sociaux, l’argent, la quête du succès et la recherche du divertissement. De la poudre aux yeux qui nous empêche de voir l’oppression et la violence.

Alors que Childish Gambino continue de danser, un homme se suicide en direct, des jeunes filment les bavures policières et les émeutes avec leurs Smartphones, et des écoliers dansent sans percevoir les dangers qui les guettent. Quant aux véhicules visibles dans le clip, certains pensent qu’ils évoquent les émeutes de Los Angeles en 1992, après l’acquittement d’officiers de police ayant passé à tabac Rodney King lors de son arrestation.

La multiplication des références culturelles

Si les références à l’actualité sont nombreuses, les clins d’œil culturels le sont aussi. Les mouvements exagérés de Childish Gambino ne sont pas sans rappeler les caricatures des minstrel shows, lorsque des comédiens se grimaient en noir pour se moquer des Afro-Américains. On pourrait aussi y voir Jump Jim Crow, une chanson et une chorégraphie interprétée par Thomas Dartmouth Rice en 1832 qui raconte le quotidien d’un esclave noir. Les premières mesures qui institutionnalisèrent la ségrégation portaient d’ailleurs le nom de Jim Crow. Les mouvements rythmés et saccadés de Childish Gambino mêlent plusieurs danses populaires aux Etats-Unis, mais aussi des mouvements de Gwara Gwara, une danse sud-africaine.

Au milieu des émeutes, qui se déroulent en arrière-plan, un cheval blanc traverse la scène à côté d’une voiture de police. Il est monté par un homme semblable à l’un des Quatre Cavaliers de l’Apocalypse. Dans Le Nouveau Testament, au chapitre 6 de L’Apocalypse de Saint-Jean, un cheval de couleur pâle est chevauché par la mort. Quant à la dernière scène, elle rappelle le film Get Out qui parle également du racisme.

Un article signé Julie.D

Issue d’une formation en journalisme et en communication, je me passionne avant tout pour les mots. Mes domaines de prédilection ? Le design, la gastronomie, la musique, et le bien-être au naturel.