Une jeune maman renonce à ses droits parentaux sur sa fille de 3 ans, « Je suis mieux sans elle »

Laury, jeune maman de 23 ans, raconte son regret maternel. Elle décide de renoncer à ses droits parentaux sur, Mia, sa fille de 3 ans, et l'abandonne aux services sociaux.

Source : Pixabay

C’est un témoignage purement déchirant. Le site Kombini a partagé l’interview de Laury, une jeune maman de 23 ans, frappée par le regret maternel. Elle confie Mia, sa fille de 3 ans à l’Aide Sociale à l’Enfance avant de renoncer à ses droits parentaux. Elle partage son ressenti et ses douleurs de très jeune maman qui a appris à élever sa fille sans pour autant l’aimer comme une mère devrait aimer son enfant.

Regretter de devenir maman, un sujet encore tabou

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Ovocytemoi (@ovocytemoi)

Les femmes qui choisissent de ne pas être mamans sont fréquemment averties qu’elles regretteront leur décision un jour. Mais, nous parlons rarement de la possibilité que le contraire puisse également être possible, à savoir que les femmes qui ont des enfants puissent le regretter. La majorité des parents reconnaîtront qu’élever des enfants est un travail acharné, qui n’est pas de tout repos. Mais, ils diront probablement que les récompenses l’emportent sur les défis. Se sentir différemment est presque indicible, mais pourtant, oui, il y a des femmes qui regrettent d’avoir des enfants.

S’appuyant sur de nombreuses années de recherche interrogeant des femmes de divers horizons socio-économiques, éducatifs et professionnels, la sociologue israélienne, Orna Donath, affirme que « taire le regret maternel peut causer du tort et de la souffrance aux mères comme à leurs enfants ». Elle conseille de prêter attention à l’hypothèse culturelle selon laquelle la maternité est un rôle « naturel » pour les femmes. Orna Donath en parle « pour le bien de toutes les femmes, pas seulement celles qui regrettent d’être devenues mères ».


Lors d’une interview accordée à Philosophie Magazine, la célèbre sociologue éclaire les ressorts de cette douleur puissante, que l’on enfouit trop souvent dans le silence. « Presque toutes les femmes qui ont participé à l’étude que j’ai menée m’ont répété à maintes reprises qu’elles aiment leurs enfants en tant qu’êtres humains, qu’elles aiment qui ils sont. Mais elles réprouvent la configuration singulière de la relation qu’elles entretiennent avec ces enfants, et ce que la maternité implique en termes de changements de vie, d’opportunités perdues, etcJ’ajoute que, étant donné que beaucoup de ces femmes ont ressenti des regrets dès le moment où elles sont tombées enceintes, nous pouvons dire que ce n’est pas l’enfant lui-même qui est regretté, mais bien la maternité » explique-t-elle.

Laury : « je ne l’aime pas comme une maman, mais comme un enfant dont j’ai la charge »

Dans son témoignage bouleversant, Laury brise le tabou du regret maternel. Elle raconte que lorsqu’elle tombe enceinte, elle n’a alors que 19 ans. Une grossesse non désirée. Les premiers mois « se passent bien », Laury « joue à la maman », et applique à la lettre tous les conseils reçus. Elle la nourrit, lui fait prendre son bain, l’habille « comme une poupée, la chouchoute, parce que ce qu’on lui a dit de faire. « Je prenais des photos de tout. Absolument tout ce que Mia faisait. J’avais besoin de me dire que c’était la vraie vie », explique-t-elle à Konbini. Mais, si tout va bien en apparence, la réalité de Laury est bien plus difficile. « Dès que c’était un peu plus ‘complexe’, comme jouer avec elle, lui faire des câlins, des bisous, lui lire des histoires, ça c’était super compliqué. Je n’arrivais pas à créer un lien avec elle. Les liens normaux de parents ».

Malheureusement, plus Mia grandit, plus la difficulté grandit. Laury a la sensation d’avoir un enfant à charge plus que celle d’être une maman. « Je n’arrivais pas à créer un lien avec elle », explique la jeune femme, qui ajoute qu’elle n’a jamais ressenti d’instinct maternel en elle. Laury sombre de plus en plus. Mia pleure beaucoup et la jeune maman parvient de moins en moins à faire face. « Je pleurais en même temps qu’elle, la mettais dans son lit et attendais que ça passe. Je crois que ça c’est les pires souvenirs que je peux avoir parce que j’avais l’impression de la laisser se débrouiller avec elle-même, de ne pas réussir à gérer ses sentiments et les miens en même temps. En fait, j’avais peur de faire quelque chose que j’allais regretter ». raconte-t-elle.

 

En effet, Laury ne parvient plus à gérer et tente de mettre fin à ses jours. « Je commençais à culpabiliser, à dire que j’étais une mauvaise mère. J’ai fait une tentative de suicide pendant que Mia dormait dans son lit », avoue-t-elle. Hospitalisée puis placée sous antidépresseurs, Laury contacte alors les services sociaux pour demander de l’aide.

Pour la première fois de sa vie, elle se sent écoutée, et prise au sérieux. L’aide à l’enfance vient chercher la petite fille pour la placer en famille d’accueil. Laury pense d’abord que cela sera temporaire, le temps de remonter la pente. « J’avais l’impression de l’abandonner », confie la maman, en larmes dans son témoignage poignant.

 

Mais, après avoir revu Mia une seule fois, elle prend finalement la décision de renoncer à ses droits parentaux.

Aujourd’hui, cela fait environ 1 an que Laury n’a pas vu Mia. « Elle me manque, dans le sens où j’ai quand même appris à l’aimer, Mia. C’est juste que je ne l’aime pas comme une mère, je l’aime comme un enfant que j’ai eu à charge », confie-t-elle. La petite Mia est aujourd’hui placée dans une famille d’accueil « exceptionnelle » où elle a « une vie saine, avec tout ce qu’il lui faut », selon sa maman.

Accueil / Actualités / Une jeune maman renonce à ses droits parentaux sur sa fille de 3 ans, « Je suis mieux sans elle »